Toi [V]

Je regardais l’avenir avec ce même regard, ces mêmes lunettes qu’autrefois les bâtisseurs portaient. Nous les bâtisseurs des plus grands monuments faits de coquillages oranges qui leur donnaient une allure, une fraîcheur nouvelle.

Les embruns couvraient nos visages, la paix nous emportait.
Emportés droit vers le rivage d’une Nature vouée au souvenir.
Souvenirs perdus, fantômes de nos mémoires.
Les côtes, les espaces infinis d’un marron d’Australie.
La loi de nos bâtis, nos visions déformées par les champis.

Tant pis pour la morale.

L’amour ou la mort, voilà ce qu’on se disait.

Prêts à chercher la dernière pierre à l’édifice.
Les milices qui envahissaient les plus hautes sphères de nos partis.
Partis vers le sud où le temps dure.

Longtemps perdus, notre peuple s’en alla vers d’autres contrées. D’autres lunettes, d’autres vallées.
Ils recherchaient la quiétude de l’esprit dans les paradis infiniment cruels, artificiels, de nos cités.
Cette cité où les requins se dévoraient.

Cité perdue.
L’amour ou la mort.

On s’en mordait les dents.
Dans nos souvenirs, nos visages étaient couverts de cendres.
Le sang qui en coulait ne disait point nos origines.

L’amour et l’amer.
Acidification des océans, dissolution.

Partis déstructurés. Pantins fantomatiques.
La clique, les clics, la clinique.
On oublie, on oublie.
Juste une photographie de ce qui est parti.

Un jour viendra où cette clinique, ce bâti, clignotera de sa fin.
Sans finir d’agonir.
L’avenir, ce nirvana où tout s’en ira.

Nos lunettes à l’aune d’une lune d’été d’un soir.
Déterminés à changer de cap, changer d’espoir.
Lunettes noires aux reflets violacés.
Légèreté de cette lune d’été.
Avenir solaire, orange éternel.
Agapanthe d’un printemps charnel.

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